Rong Rong est photographe. Depuis son arrivée à Beijing au début des années 90, la photo ne l’a jamais quitté. Elle est, année après année, restée au centre de tout: outil de témoignage des performances de « l’East Village » où il habitait, objet fétiche pour capter le quotidien de Liulitun (la maison-communauté d’alors), espace grand ouvert enfin, le Three Shadows Photography Art Center, lieu d’exposition au cœur de Caochangdi, district artistique de pointe au nord de 798.
Bref, la photo et Rong Rong ne font qu’un. Comment filmer cette unité ? Cette fidélité ? Dans un tel chaos urbain ? Nous retrouvons Rong Rong et son épouse Inri, tous deux à la tête du Three Shadows, au milieu de l’exposition des photos new-yorkaises de l’artiste Ai Weiwei.

De fiancée japonaise, Inri est devenue mère de trois petits garçons. Rong Rong, lui, a quelque peu délaissé ses moyens formats pour endosser le rôle de dirigeant de structure culturelle. Le couple vit et travaille ensemble. Au fil des photos, nous égrenons les ans en remontant jusqu’à l’impressionnante série du Mont Fuji – leurs corps nus sur la glace un petit matin d’hiver – et à l’insouciance de Liulitun. Le tournage est émouvant. Il nous replonge dans des souvenirs communs, ceux d’une époque de tentatives, de découvertes, d’attentes, de premiers séjours à l’étranger et de ces fameuses « amitiés internationales » non pas celles chères à Mao, mais plutôt celles qui feront le ciment de la future embellie de la scène artistique chinoise.