Montage, coquillages et crustacés

15 juin 2009

A la mi juin, au tout début de l’été, nous nous sommes installés à la table de montage avec nos rushes et notre bonne humeur. Ermanno Corrado, déjà rompu aux films documentaires portés sur la Chine (portrait d’artiste, épopée urbaine à Shanghai, panorama de la médecine chinoise) serait notre homme. Enfin, notre monteur. Bientôt rejoint par Sheng Zhimin et ses théières de thé vert ainsi que la délicieuse Wang Xiaojia, venue assurer le lien entre nous trois, ce montage se présente sous les meilleurs auspices…

Mauensee, l’herbe verte et l’art chinois

25 mai 2009

Jardin collection Uli Sigg - Mauensee

Sur une île. Au beau milieu des prairies suisses, gardée par un lac et plus loin quelques vaches qui paissent alentours. Qui l’eut cru ? La collection d’art contemporain chinois la plus exigeante - d’un avis très partagé - trône en maître dans les pièces du « schloss » du collectionneur et homme d’affaires Uli Sigg, rencontré quelques semaines plus tôt lors de la foire d’art de Pékin (CIGE). Connu comme le loup blanc dans le monde de l’art contemporain chinois, « Xi ke » comme les Chinois l’appellent, compte parmi les pionniers étrangers venus traiter avec la Chine de Deng. D’une joint-venture venue installer des ascenseurs dans l’Empire du Milieu aux toiles des années 90, il n’y eut qu’un pas, non des moindres à franchir. Mais Uli Sigg aime la course de fond.

Impressionnante, l’ampleur de la collection donne quelques indices dans l’entrepôt non loin de sa demeure dans ce coin verdoyant du canton de Lucerne. Nous y filmons les pièces du château et les jardins autour du lac. Tout est si calme… Drôle d’imaginer les artistes chinois s’y installer lorsqu’ils viennent pour la foire de Bâle.

 Réserves collection Uli Sigg - Mauensee

Yue Minjun dans la brume de Songzhuang, banlieue des arts…

23 avril 2009

Yue Minjun dans son atelier

Nous avions rencontré Yue Minjun l’avant-veille dans son immense bunker de Songzhuang investi en 2001. Quelques bonnes centaines de m² autour d’un jardin où fleurissent ses statues, à son effigie. Yue Minjun compte parmi les « quatre grands rois » de l’art contemporain, selon l’expression inventée par un journaliste taiwanais pour croquer le succès retentissant d’une nouvelle génération de rock stars chinoises. Il vit à Songzhuang, une improbable “banlieue des arts” où vit la plupart des artistes de la capitale, des plus riches aux plus pauvres. Les Hummer des artistes croisent encore des attelages. Drôle d’endroit. Nous entrons chez Yue en marchant sur un pavement posé sur du gazon. Omniprésents dans les médias, les sourires hilares de personnages à la limite de l’inquiétant se répètent au fil des séries, des toiles, des sculptures. Une quête obsessionnelle souvent critiquée. Je me souvenais d’un type froid aux cheveux longs et crâne dégarni, rencontré dans les années 90 dans son atelier de Songzhuang, l’un des premiers. Toujours aussi mutique et l’air absent, Minjun a les mots clairs et libres. Et un corps élastique comme celui de ses personnages qui se tortillent en ricanant.

Xidi, au pied des Montagnes Jaunes

13 avril 2009

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Champs de colza, montagnes dans la brume, plantations de théiers: à nous la Chine éternelle. Nous roulons sur une autoroute toute neuve dans un 4×4 noir absolument nickel avec pour seul détail intime un Kiki (la peluche des eighties) posé à droite du tableau de bord. L’interview démarre sur cette école buissonnière que vont faire les étudiants de Zhijie. En fait, les quelques 30 élèves du bus qui suit notre van (qui suit le 4×4 aux vitres fumées) s’apprêtent à passer quelques semaines à enquêter sur une mode née sous Mao : des « villages de peintres » si jolis et pittoresques que des flopés de jeunes étudiants des Beaux-Arts viennent y croquer les plantations de thé et les toitures traditionnelles de tuiles grises. Les deux villages en question, Xidi et Hongcun, se trouvent au pied des Montagnes Jaunes, monts célébrés par les poètes, à quelques heures de voiture de Hangzhou dans la province de l’Anhui.
En arrivant – le personnage est décidément formidable – Qiu Zhijie n’arrive plus à joindre le contact de l’hébergement pour ses étudiants. Portable éteint. Il rigole et s’agite un peu (probablement ravi du joyeux bordel en perspective). 059.JPG Tout autour, un paysage bucolique à souhait, des grappes d’étudiants coiffés de bobs ou de chapeaux de paille, une moyenne d’âge de 20, 22 ans pour tous les jeunes qui peuplent un dédale de ruelles. On y respire un air pur, cet air de la campagne empli de feu de bois et de bonne cuisine paysanne. Dans les patios des maisons pendent de gros jambons bien gras, encore à la sèche.
Le soir même, tous les étudiants de Qiu Zhijie avaient trouvé refuge ci et là dans le village. Ils avaient même commencé à enquêter sur le site et ses étranges pèlerins à couettes…

Hangzhou, son Lac de l’Ouest, ses cours de Total Art…

12 avril 2009

Une pluie bruyante tombe sur les gratte-ciels de Hangzhou, capitale du Zhejiang, célèbre pour son Lac de l’Ouest, symbole d’une Chine éternelle que l’on a toujours plaisir à croiser, à l’occasion. Nous arrivons de Shanghai, après deux jours de course-poursuite sur les échangeurs, les ponts et les voies rapides de cette ville décidément infernale à mon goût.
Il ne pleuvait pas en arrivant à l’Institut des Beaux-Arts de Hangzhou, deuxième structure la plus cotée et la plus grosse du pays après les Beaux-Arts de Pékin. Locaux flambants neufs, étudiants par milliers, professeurs réputés. Nous retrouvons Qiu Zhijie, artiste aussi prolixe que spirituel, sur une banquette en velours cramoisi du café de l’Institut.170.jpg Il y a un ordinateur, un jus de carotte à moitié plein, des cendriers au bord de l’apoplexie et la bonne humeur de notre nouveau camarade pour ces deux jours à venir.

J’avais rencontré Qiu Zhijie en octobre lors de mes repérages, ravie de découvrir comme prévu un personnage plein d’humour. Très actif – artiste, critique, commissaire d’exposition à ses heures, prof – Zhijie accompagnera demain ses étudiants dans les villages de Xidi et Hongcun, au pied des Montagnes Jaunes de l’Anhui pour y mener des enquêtes de terrain. Nous filmons un bout de son interview dans une des salles de classe dévolues à son département de « Total Art » et lui donnons rendez-vous le lendemain matin pour filmer le départ vers les montagnes de l’Anhui.
C’est bien après que la pluie est tombée, annonçant une météo morose pour les jours à venir. Bon. Demain sera un jour nouveau.

Pudong Shanghai, veille d’Expo Universelle…

8 avril 2009

Retour en Chine après deux semaines de transit parisien. Au bout de 10h30 de vol, j’atterris à Shanghai en douceur. Les vitres fumées du taxi et le soleil couchant laissent flotter une lumière laiteuse gris rose qui tranche avec les tours de verre et de béton. C’est assez beau, il fait chaud, 23°C. Le commandant s’était planté en annonçant 17°C. Dans le taxi, je décompresse pendant l’heure de trajet vers l’hôtel où se trouve déjà l’équipe, et bientôt les agrafes plantées dans les biceps de Mickey Rourke ne seront qu’un vilain souvenir…
A moi de redevenir wrestler à mon tour sur ce dense tournage. Déjà, je retrouve les musiques d’attente des téléphones portables chinois avec en best of « A comme Amour » de Richard Clayderman, découvre un pont avec une vue magnifique, le Lupu Qiao, m’énerve sur l’écran du dossier que décidément dans ces taxis shanghaïens on ne peut éteindre, et finis par rejoindre l’équipe, enfin. Eux ont déjà tourné des images au sommet d’une tour surplombant le chantier de l’Himalaya Center à Pudong, et ont donc déjà embrassé le gigantisme shanghaïen, pré-Expo Universelle. Nous avons l’impression de nous être quittés la veille. Une bouteille de vin blanc français sur quelques mets shanghaïens, le programme du lendemain et des jours à venir se cale…

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Rong Rong, négatifs gagnants

17 mars 2009

 0191.jpgRong Rong est photographe. Depuis son arrivée à Beijing au début des années 90, la photo ne l’a jamais quitté. Elle est, année après année, restée au centre de tout: outil de témoignage des performances de « l’East Village » où il habitait, objet fétiche pour capter le quotidien de Liulitun (la maison-communauté d’alors), espace grand ouvert enfin, le Three Shadows Photography Art Center, lieu d’exposition au cœur de Caochangdi, district artistique de pointe au nord de 798.

Bref, la photo et Rong Rong ne font qu’un. Comment filmer cette unité ? Cette fidélité ? Dans un tel chaos urbain ? Nous retrouvons Rong Rong et son épouse Inri, tous deux à la tête du Three Shadows, au milieu de l’exposition des photos new-yorkaises de l’artiste Ai Weiwei.

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De fiancée japonaise, Inri est devenue mère de trois petits garçons. Rong Rong, lui, a quelque peu délaissé ses moyens formats pour endosser le rôle de dirigeant de structure culturelle. Le couple vit et travaille ensemble. Au fil des photos, nous égrenons les ans en remontant jusqu’à l’impressionnante série du Mont Fuji – leurs corps nus sur la glace un petit matin d’hiver – et à l’insouciance de Liulitun. Le tournage est émouvant. Il nous replonge dans des souvenirs communs, ceux d’une époque de tentatives, de découvertes, d’attentes, de premiers séjours à l’étranger et de ces fameuses « amitiés internationales » non pas celles chères à Mao, mais plutôt celles qui feront le ciment de la future embellie de la scène artistique chinoise.

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Beijing englouti…

16 mars 2009

Une belle journée pékinoise, ensoleillée. Le printemps arrive. Au vieil Institut des Beaux-Arts dans le centre ville, une vigne morte reste agrippée aux murs grisâtres. Autour, les immeubles et les tours menacent ce qui ressemble de plus en plus à un navire échoué. On lui donne quelques semaines. Cadenassé, abandonné. Nous sommes là pour repérer un lieu d’interview pour Fei Dawei, lui qui en a été diplômé et même tout jeune enseignant avant de partir s’installer en France. Ironiquement, l’administration du Beijing Hospital a investi les salles de classe et les bureaux des profs. Renvoyés vers l’administration centrale de l’hôpital, nous déambulons avec Zhimin à travers d’immenses couloirs jusqu’au Bureau de la Propagande indiqué. 11h30, porte fermée. Au bout de cinq minutes, un type en ressort et nous dit de revenir après la pause déjeuner vers 13h30… Du coup, nous allons déjeuner au Made in China, le resto du Hyatt se trouvant juste à côté. Le coin a bien changé : jadis entrelacs de hutongs sinueux (les ruelles traditionnelles pékinoises) et de maisons basses, aujourd’hui quadrillage de larges rues et hautes tours. Mais la rue de l’Institut des Beaux-Arts a gardé l’appellation hutong. Ils sont vraiment trop forts !
Bref, après le déjeuner, l’administration, égale à elle-même, nous donnera un veto de principe.

Derrière les paravents de la Concession française

12 mars 2009

Pearl Lam

Nous retrouverons les toiles et les portes sculptées de Zhang Huan chez Pearl Lam, l’une des personnalités les plus excentriques de l’art contemporain à Shanghai. Voici une très belle femme, filiforme et savamment ébouriffée, perchée sur des talons à plateforme et qui vit en étage élevé d’un luxueux condominium de la Concession Française. Dans son immense appartement envahi d’art contemporain, les stars du design côtoient celles de l’avant-garde chinoise. Un fauteuil de Ron Arad fricote avec une sculpture de Xu Tiange. Tout est « hyper». Hongkongaise, elle parle un anglais très british avec une voix cassée comme les Italiennes. Pearl Lam est connue pour son rôle de galeriste mécène mais aussi pour ses dîners aussi mondains qu’extravagants où le tout-Shanghai se retrouve dans son salon.
Pearl Lam

L’interview démarre mal : nous arrivons avec 30 minutes de retard en piétinant dans nos protège-semelles en plastique pour ne pas salir le parquet, et je démarre avec une question sur ce que notre hôte aurait appelé la « techno-électro révolution ». Sacrilège! Comment aurait-elle pu écrire une chose pareille (…?) Nous passons. Franche, passionnée, amoureuse et révoltée, Pearl Lam se livre sans chichis et s’avère l’une des rares à spontanément pointer un certain manque de confiance en eux des Chinois. Bingo. Bon, nous passons finalement un bon moment ensemble, sûrement trop court, forcément trop court.

Factory shanghaienne ?

10 mars 2009

Zhang Huan

Un seul rendez-vous avait été fixé à l’avance. Celui de Zhang Huan, artiste à la légende sulfureuse. Nous avions dû partir tôt le matin pour nous enfoncer dans l’improbable banlieue shanghaienne et donc nous perdre (comment faire autrement?) au milieu des résidences privées néoclassique d’un goût incertain, au milieu des chantiers poussiéreux et des hangars d’on ne sait quoi mais bref, au milieu d’une sorte de campagne en sursis, raptée par des envies de ville et de brusque modernité.
Vers 10h, l’usine de Zhang Huan, employant une centaine de personnes, est enfin dénichée. Je suis assez curieuse de voir à quoi ressemble le héros du body art chinois des années 90. Zhimin aussi.
Zhang HuanEn fait, il est habillé. Normal, mais je réalise que je ne connaissais le personnage que nu. Accroché à des chaînes suspendu au plafond, recouvert de miel et de viscères de poisson et accroupi dans des latrines, plongé dans une baignoire remplie de mèches de cheveux. Ce jour-là, il porte un pantalon ample en laine à chevrons et une casquette en laine assez chic. Un peu planqué quand même. Méfiant aussi. La visite se passe: les étudiants-assistants, les toiles de cendres d’encens, le projet d’opéra, l’atelier d’ébénisterie, la cantine, les restrictions budgétaires à cause de la crise… nous voyons peu et plein de choses à la fois, il y a de gros chiens bergers qui aboient et terrorisent Tian Li, les avions passent au-dessus de nos têtes et atterrissent tout près.

Shanghai, fin de l’horizon

9 mars 2009

En arrivant à l’aéroport international de Pudong, nous avions prévu le choc. Trente ans et trente degrés dans la figure! Nous passons d’une Chine rétro des années 80 à une Chine ultramoderne déjà plongée dans ses années 2010. Des -15°C de Jixi à la tombée du jour aux 15°C humides de Shanghai. L’Expo Universelle est sur toutes les pubs, tous les mini-écrans des taxis, la propagande visuelle y est dingue.
Chantier De toute façon, la ville elle-même est dingue: des forêts de tours identiques sur des kilomètres carrés, échangeurs s’empilant les uns sur les autres, ponts suspendus, écrans géants à gogo, échafaudages en bambou, des filles sorties des pages de Vogue et des ouvriers traînant leur sort de migrants de boulots précaires en dortoirs mal famés. Sacrée ville. En retournant dans sa ville natale après dix ans d’absence, l’artiste Chen Zhen (installé en France, mort en 2000) avait eu ces mots : « Mais… il n’y a plus d’horizon…! »
Sur l’épaisse moquette de l’aéroport, les garçons poussent les chariots en chantant des airs d’opéra comique du Dongbei (nord-est). Une manière bien pékinoise de commencer à se moquer de Shanghai et de son côté bling-bling …

Reéducation politique dans la steppe du Dongbei…

Jixi

9 mars. Nous quittons à regret Jixi, ses mines, son froid et sa lumière éclatante ainsi que le Garden Palace Hotel, le cinq étoiles de la ville qui nous permettait d’échapper aux hôtels de passe et leurs nuits sonores et enfumées. Bon, le Jixi interlope nous aura un peu échappé.
B31-sml.jpgEn arrivant à l’aéroport de Mudanjiang, une Russe d’âge mûr bien-portante et maquillée comme une poupée matriochka vient me demander en v.o. où se trouvent les chariots à bagages. Elle a des dents en or et un regard un peu vide. Les garçons se marrent parce qu’évidemment il y a de fortes chances pour que ma nouvelle copine fasse commerce de son corps. Tian Li et Tao Yiran sont nés sous la politique de l’enfant unique, dans les années 80. La veille au resto, ils se sont repassé le film des dessins animés de leur enfance. On appelle cette génération celle des « du miao miao », les jeunes pousses uniques. Pourries gâtées. Pendant le trajet vers l’aéroport, Zhimin a dû rectifier l’éducation politique de Tian Li qui pensait que les étudiants manifestant sur la place Tian An Men en juin 89 voulaient juste s’opposer au gouvernement. Tian An Men fait vraiment partie de la mémoire politique mondiale. Avec quelques variantes, certes… Chez Zhimin, on sent la fierté d’avoir eu vingt ans cette année-là, d’avoir noué le bandeau blanc autour du crâne, aux côtés des manifestants.
A la cafétéria de l’aéroport, le café filtre coûte l’équivalent de 10 euros et ils servent même du Blue Mountain (le meilleur cru du monde ?). Ahurissant. Je résiste par charité envers Artline Films :) et nous patientons avec du chocolat russe jusqu’à l’embarquement. Dans l’avion de la China Eastern Airlines, je ne suis plus la seule blanche, quelques Russes sont aussi de la partie.

Jixi, dans les mines du Heilongjiang

3 mars 2009

Quelques jours dans une petite ville minière du fin fond de la Chine. Sur la carte, le Heilongjiang (ou  « La Rivière du Dragon Noir » en V.F.) est la province la plus septentrionale du pays. Nous ne sommes pas loin de Khabarovsk. A peine quelques centaines de kilomètres. Bref, c’est dans cette Chine paumée, refoulée, abandonnée à une sombre destinée minière, que nous atterrissons ce 7 mars en plein soleil. Un soleil glacial, une bise sibérienne, et trois caractères dorés posés sur le toit de l’aéroport : Jia Mu Si (Chiamussu sur la mini mappemonde de mon agenda français…) Ok.
Nous voilà dans le fameux Dongbei (Nord-Est). Il fait -8°C et beaucoup de vent. Zheng Yunhan nous y attend, il porte un long manteau vert de l’armée. J’avais rencontré Yunhan, « artiste émergent » comme on dit, en octobre dernier grâce à un jeune curator prometteur. Par chance, c’est aussi un bon copain de Zhimin, ce qui facilite aujourd’hui le tournage.
Six heures de van nous séparent de Jixi, ville natale de notre personnage. Six heures de cigarettes, de siestes, de bavardages, à travers la steppe semi enneigée… nous sommes déjà en mars. En s’approchant de Jixi, la terre devient plus charbonneuse. Un paysage d’usines enfumées et de voies ferrées se dessine. La ville est surnommée feicheng, « cité de l’arnaque ». Architecture soviétique, bâtisses en brique rouge, statues des dirigeants communistes, encore debout et terriblement exotiques aux yeux de l’équipe pékinoise !
B34-sml.jpgYunhanYunhan nous fait visiter le terrain de jeux de son enfance : la mine, les bâtiments des mineurs, les montagnes de rebuts pierreux sortis de 600 mètres sous terre. C’est évidemment dantesque, et du pain béni pour la caméra. Une fois devenu adulte, son terrain de jeux s’est transformé en terrain de travaux artistiques et donc décor de ses vidéos et de ses photos. Les responsables de la mine nous accueillent très gentiment, on nous propose même de descendre dans la mine. En guise d’épreuve du feu, je choisis celle du déjeuner où l’on me somme de goûter à un plat de larves de vers à soie rôties. Cool.

Zhimin et Yunhan

Beijing, 4e Trophées de l’art contemporain

28 février 2009

CAFA Awards

Premier jour de tournage. Je fais connaissance de l’équipe au complet sur le site du CAFA, la Central Academy of Fine Arts de Beijing. Ce soir-là ont lieu les Trophées de l’Art Contemporain Chinois, en grande pompe. Comme Mercedes Benz parraine l’opération, les artistes et curators peuvent débouler dans des berlines noires aux vitres sombres. En sortant, un tapis rouge les mène jusqu’au musée tout neuf conçu par l’architecte Isozaki, revisité ce soir par un savant jeu de lumières que Michel Drucker n’aurait pas renié pour le plateau de Champs Elysées. Ca ne rigole pas du tout. La bande son est tonitruante, on est entre le meeting et la grosse « opé » commerciale. Quand même, ils y vont fort…Il faudra se casser la tête pour que ces images ne soient pas trop réductrices. Car derrière ce kitsch tape-à-l’œil, il y a juste une certaine naïveté et probablement un peu de mauvais goût. Voilà tout…
Team Bref, le plus important ce soir-là, ce sont mes nouveaux collègues. Mimi, notre assistante de réalisation est là. Et nous rencontrons pour la première fois Tian Li et Tao Yiran, respectivement adeptes de Nike, de hip-hop et de jeux vidéos. C’est une tout autre génération que je ne connais pas. Tian Li a commencé tout jeune et travaille déjà depuis dix ans avec les cinéastes indépendants, notamment avec Jia Zhangke, dont il a été le chef opérateur sur de nombreux films. Tao Yiran assure le son et collabore lui aussi avec la même famille de cinéastes. Ils ont l’air concentrés et minutieux. De la bonne graine.

Beijing, séances de lecture…

25 février 2009

EmmaLes jours qui suivent nous plongent dans la bible du tournage. Séquence après séquence, nous détaillons l’articulation des rencontres, des interviews et des thèmes abordés. Qui parlera de l’année 1989, quelle œuvre de Zhang Peili, pionnier de l’art video, choisir pour évoquer la contestation envers le régime, partirons-nous dans le Heilongjiang, y fera-t-il vraiment très froid? Sheng Zhimin devra-t-il un jour prendre du LSD pour continuer à faire des films (hé oui, certains ont déjà trouvé leur salut dans la chimie) ? Les premiers jours se passent en séances de lecture en compagnie de Mimi, notre assistante taïwanaise, rythmées par les soupes de nouilles épicées, les litres de thé et les paquets de cigarettes. Les liens se tissent, Zhimin aime bien rigoler. Et bien manger. Good. Notre QG se trouve dans le quartier des ambassades, dans une petite maison de thé hyper tranquille et ensoleillée. Que demande le peuple ?

Zhimin et Emma