Beijing, 4e Trophées de l’art contemporain
28 février 2009
Premier jour de tournage. Je fais connaissance de l’équipe au complet sur le site du CAFA, la Central Academy of Fine Arts de Beijing. Ce soir-là ont lieu les Trophées de l’Art Contemporain Chinois, en grande pompe. Comme Mercedes Benz parraine l’opération, les artistes et curators peuvent débouler dans des berlines noires aux vitres sombres. En sortant, un tapis rouge les mène jusqu’au musée tout neuf conçu par l’architecte Isozaki, revisité ce soir par un savant jeu de lumières que Michel Drucker n’aurait pas renié pour le plateau de Champs Elysées. Ca ne rigole pas du tout. La bande son est tonitruante, on est entre le meeting et la grosse « opé » commerciale. Quand même, ils y vont fort…Il faudra se casser la tête pour que ces images ne soient pas trop réductrices. Car derrière ce kitsch tape-à-l’œil, il y a juste une certaine naïveté et probablement un peu de mauvais goût. Voilà tout…
Bref, le plus important ce soir-là, ce sont mes nouveaux collègues. Mimi, notre assistante de réalisation est là. Et nous rencontrons pour la première fois Tian Li et Tao Yiran, respectivement adeptes de Nike, de hip-hop et de jeux vidéos. C’est une tout autre génération que je ne connais pas. Tian Li a commencé tout jeune et travaille déjà depuis dix ans avec les cinéastes indépendants, notamment avec Jia Zhangke, dont il a été le chef opérateur sur de nombreux films. Tao Yiran assure le son et collabore lui aussi avec la même famille de cinéastes. Ils ont l’air concentrés et minutieux. De la bonne graine.

Les jours qui suivent nous plongent dans la bible du tournage. Séquence après séquence, nous détaillons l’articulation des rencontres, des interviews et des thèmes abordés. Qui parlera de l’année 1989, quelle œuvre de Zhang Peili, pionnier de l’art video, choisir pour évoquer la contestation envers le régime, partirons-nous dans le Heilongjiang, y fera-t-il vraiment très froid? Sheng Zhimin devra-t-il un jour prendre du LSD pour continuer à faire des films (hé oui, certains ont déjà trouvé leur salut dans la chimie) ? Les premiers jours se passent en séances de lecture en compagnie de Mimi, notre assistante taïwanaise, rythmées par les soupes de nouilles épicées, les litres de thé et les paquets de cigarettes. Les liens se tissent, Zhimin aime bien rigoler. Et bien manger. Good. Notre QG se trouve dans le quartier des ambassades, dans une petite maison de thé hyper tranquille et ensoleillée. Que demande le peuple ?
PNC aux portes, désarmement du toboggan, vérification de la porte opposée… l‘hôtesse débite la douce musique aéroportuaire, me voilà à nouveau en Chine. Je souhaite bonne chance à mon voisin anglais et son gendre togolais, quitte le navire, dehors il fait gris et froid, la pollution et cette odeur de poussière reconnaissables entre mille me saisissent les poumons. Pas de doute, nous sommes bien à Beijing. 13 ans que je fréquente l’endroit et il y a des signes décidément rétifs à la modernisation du pays…
