Yue Minjun dans la brume de Songzhuang, banlieue des arts…

23 avril 2009

Yue Minjun dans son atelier

Nous avions rencontré Yue Minjun l’avant-veille dans son immense bunker de Songzhuang investi en 2001. Quelques bonnes centaines de m² autour d’un jardin où fleurissent ses statues, à son effigie. Yue Minjun compte parmi les « quatre grands rois » de l’art contemporain, selon l’expression inventée par un journaliste taiwanais pour croquer le succès retentissant d’une nouvelle génération de rock stars chinoises. Il vit à Songzhuang, une improbable “banlieue des arts” où vit la plupart des artistes de la capitale, des plus riches aux plus pauvres. Les Hummer des artistes croisent encore des attelages. Drôle d’endroit. Nous entrons chez Yue en marchant sur un pavement posé sur du gazon. Omniprésents dans les médias, les sourires hilares de personnages à la limite de l’inquiétant se répètent au fil des séries, des toiles, des sculptures. Une quête obsessionnelle souvent critiquée. Je me souvenais d’un type froid aux cheveux longs et crâne dégarni, rencontré dans les années 90 dans son atelier de Songzhuang, l’un des premiers. Toujours aussi mutique et l’air absent, Minjun a les mots clairs et libres. Et un corps élastique comme celui de ses personnages qui se tortillent en ricanant.

Xidi, au pied des Montagnes Jaunes

13 avril 2009

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Champs de colza, montagnes dans la brume, plantations de théiers: à nous la Chine éternelle. Nous roulons sur une autoroute toute neuve dans un 4×4 noir absolument nickel avec pour seul détail intime un Kiki (la peluche des eighties) posé à droite du tableau de bord. L’interview démarre sur cette école buissonnière que vont faire les étudiants de Zhijie. En fait, les quelques 30 élèves du bus qui suit notre van (qui suit le 4×4 aux vitres fumées) s’apprêtent à passer quelques semaines à enquêter sur une mode née sous Mao : des « villages de peintres » si jolis et pittoresques que des flopés de jeunes étudiants des Beaux-Arts viennent y croquer les plantations de thé et les toitures traditionnelles de tuiles grises. Les deux villages en question, Xidi et Hongcun, se trouvent au pied des Montagnes Jaunes, monts célébrés par les poètes, à quelques heures de voiture de Hangzhou dans la province de l’Anhui.
En arrivant – le personnage est décidément formidable – Qiu Zhijie n’arrive plus à joindre le contact de l’hébergement pour ses étudiants. Portable éteint. Il rigole et s’agite un peu (probablement ravi du joyeux bordel en perspective). 059.JPG Tout autour, un paysage bucolique à souhait, des grappes d’étudiants coiffés de bobs ou de chapeaux de paille, une moyenne d’âge de 20, 22 ans pour tous les jeunes qui peuplent un dédale de ruelles. On y respire un air pur, cet air de la campagne empli de feu de bois et de bonne cuisine paysanne. Dans les patios des maisons pendent de gros jambons bien gras, encore à la sèche.
Le soir même, tous les étudiants de Qiu Zhijie avaient trouvé refuge ci et là dans le village. Ils avaient même commencé à enquêter sur le site et ses étranges pèlerins à couettes…

Hangzhou, son Lac de l’Ouest, ses cours de Total Art…

12 avril 2009

Une pluie bruyante tombe sur les gratte-ciels de Hangzhou, capitale du Zhejiang, célèbre pour son Lac de l’Ouest, symbole d’une Chine éternelle que l’on a toujours plaisir à croiser, à l’occasion. Nous arrivons de Shanghai, après deux jours de course-poursuite sur les échangeurs, les ponts et les voies rapides de cette ville décidément infernale à mon goût.
Il ne pleuvait pas en arrivant à l’Institut des Beaux-Arts de Hangzhou, deuxième structure la plus cotée et la plus grosse du pays après les Beaux-Arts de Pékin. Locaux flambants neufs, étudiants par milliers, professeurs réputés. Nous retrouvons Qiu Zhijie, artiste aussi prolixe que spirituel, sur une banquette en velours cramoisi du café de l’Institut.170.jpg Il y a un ordinateur, un jus de carotte à moitié plein, des cendriers au bord de l’apoplexie et la bonne humeur de notre nouveau camarade pour ces deux jours à venir.

J’avais rencontré Qiu Zhijie en octobre lors de mes repérages, ravie de découvrir comme prévu un personnage plein d’humour. Très actif – artiste, critique, commissaire d’exposition à ses heures, prof – Zhijie accompagnera demain ses étudiants dans les villages de Xidi et Hongcun, au pied des Montagnes Jaunes de l’Anhui pour y mener des enquêtes de terrain. Nous filmons un bout de son interview dans une des salles de classe dévolues à son département de « Total Art » et lui donnons rendez-vous le lendemain matin pour filmer le départ vers les montagnes de l’Anhui.
C’est bien après que la pluie est tombée, annonçant une météo morose pour les jours à venir. Bon. Demain sera un jour nouveau.

Pudong Shanghai, veille d’Expo Universelle…

8 avril 2009

Retour en Chine après deux semaines de transit parisien. Au bout de 10h30 de vol, j’atterris à Shanghai en douceur. Les vitres fumées du taxi et le soleil couchant laissent flotter une lumière laiteuse gris rose qui tranche avec les tours de verre et de béton. C’est assez beau, il fait chaud, 23°C. Le commandant s’était planté en annonçant 17°C. Dans le taxi, je décompresse pendant l’heure de trajet vers l’hôtel où se trouve déjà l’équipe, et bientôt les agrafes plantées dans les biceps de Mickey Rourke ne seront qu’un vilain souvenir…
A moi de redevenir wrestler à mon tour sur ce dense tournage. Déjà, je retrouve les musiques d’attente des téléphones portables chinois avec en best of « A comme Amour » de Richard Clayderman, découvre un pont avec une vue magnifique, le Lupu Qiao, m’énerve sur l’écran du dossier que décidément dans ces taxis shanghaïens on ne peut éteindre, et finis par rejoindre l’équipe, enfin. Eux ont déjà tourné des images au sommet d’une tour surplombant le chantier de l’Himalaya Center à Pudong, et ont donc déjà embrassé le gigantisme shanghaïen, pré-Expo Universelle. Nous avons l’impression de nous être quittés la veille. Une bouteille de vin blanc français sur quelques mets shanghaïens, le programme du lendemain et des jours à venir se cale…

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