Reéducation politique dans la steppe du Dongbei…

9 mars. Nous quittons à regret Jixi, ses mines, son froid et sa lumière éclatante ainsi que le Garden Palace Hotel, le cinq étoiles de la ville qui nous permettait d’échapper aux hôtels de passe et leurs nuits sonores et enfumées. Bon, le Jixi interlope nous aura un peu échappé.
En arrivant à l’aéroport de Mudanjiang, une Russe d’âge mûr bien-portante et maquillée comme une poupée matriochka vient me demander en v.o. où se trouvent les chariots à bagages. Elle a des dents en or et un regard un peu vide. Les garçons se marrent parce qu’évidemment il y a de fortes chances pour que ma nouvelle copine fasse commerce de son corps. Tian Li et Tao Yiran sont nés sous la politique de l’enfant unique, dans les années 80. La veille au resto, ils se sont repassé le film des dessins animés de leur enfance. On appelle cette génération celle des « du miao miao », les jeunes pousses uniques. Pourries gâtées. Pendant le trajet vers l’aéroport, Zhimin a dû rectifier l’éducation politique de Tian Li qui pensait que les étudiants manifestant sur la place Tian An Men en juin 89 voulaient juste s’opposer au gouvernement. Tian An Men fait vraiment partie de la mémoire politique mondiale. Avec quelques variantes, certes… Chez Zhimin, on sent la fierté d’avoir eu vingt ans cette année-là, d’avoir noué le bandeau blanc autour du crâne, aux côtés des manifestants.
A la cafétéria de l’aéroport, le café filtre coûte l’équivalent de 10 euros et ils servent même du Blue Mountain (le meilleur cru du monde ?). Ahurissant. Je résiste par charité envers Artline Films :) et nous patientons avec du chocolat russe jusqu’à l’embarquement. Dans l’avion de la China Eastern Airlines, je ne suis plus la seule blanche, quelques Russes sont aussi de la partie.


