Factory shanghaienne ?

Un seul rendez-vous avait été fixé à l’avance. Celui de Zhang Huan, artiste à la légende sulfureuse. Nous avions dû partir tôt le matin pour nous enfoncer dans l’improbable banlieue shanghaienne et donc nous perdre (comment faire autrement?) au milieu des résidences privées néoclassique d’un goût incertain, au milieu des chantiers poussiéreux et des hangars d’on ne sait quoi mais bref, au milieu d’une sorte de campagne en sursis, raptée par des envies de ville et de brusque modernité.
Vers 10h, l’usine de Zhang Huan, employant une centaine de personnes, est enfin dénichée. Je suis assez curieuse de voir à quoi ressemble le héros du body art chinois des années 90. Zhimin aussi.
En fait, il est habillé. Normal, mais je réalise que je ne connaissais le personnage que nu. Accroché à des chaînes suspendu au plafond, recouvert de miel et de viscères de poisson et accroupi dans des latrines, plongé dans une baignoire remplie de mèches de cheveux. Ce jour-là, il porte un pantalon ample en laine à chevrons et une casquette en laine assez chic. Un peu planqué quand même. Méfiant aussi. La visite se passe: les étudiants-assistants, les toiles de cendres d’encens, le projet d’opéra, l’atelier d’ébénisterie, la cantine, les restrictions budgétaires à cause de la crise… nous voyons peu et plein de choses à la fois, il y a de gros chiens bergers qui aboient et terrorisent Tian Li, les avions passent au-dessus de nos têtes et atterrissent tout près.


