Vol Paris-Beijing

24 février 2009

8h50. L’hôtesse blonde d’Air France se raidit au premier passager chinois levé dès l’atterrissage. Excédée. Mon voisin anglais l’avait observée pendant tout le vol, sidéré qu’une fille aussi jolie puisse faire ce métier. Nous avions donc échangé sur les rêves des femmes françaises, sur le statut de l’hôtesse d’Air France, sur les désillusions mais aussi sur l’agriculture britannique et le devenir de Stilton, une contrée fromagère de rêve, où résidait mon voisin. Excellent compagnon de vol donc. Aujourd’hui, il allait découvrir la Chine pour la première fois, accompagné de son gendre togolais dont la mère faisait du business avec les Chinois depuis Lomé. Leur mission: acheter et expédier des machines pour fabriquer du papier hygiénique et vendre les rouleaux à la classe moyenne du Togo. « Une niche en or », avait-il dit.

airportPNC aux portes, désarmement du toboggan, vérification de la porte opposée… l‘hôtesse débite la douce musique aéroportuaire, me voilà à nouveau en Chine. Je souhaite bonne chance à mon voisin anglais et son gendre togolais, quitte le navire, dehors il fait gris et froid, la pollution et cette odeur de poussière reconnaissables entre mille me saisissent les poumons. Pas de doute, nous sommes bien à Beijing. 13 ans que je fréquente l’endroit et il y a des signes décidément rétifs à la modernisation du pays…
En arrivant à l’hôtel, je réalise que j’avais déjà mis les pieds ici. Fei Dawei, grand « passeur » d’art contemporain chinois en France, m’avait emmenée dîner dans le petit restaurant taïwanais de cet établissement appartenant à une chaîne de business hotels singapouriens. Drôle. J’y vois un signe. Bon. Je téléphone à Sheng Zhimin, nous nous retrouvons dès l’après-midi.

San Francisco, Yan Pei-ming en plein décalage horaire

20 février 2009

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Fatigué. Décalé. Démotivé. Ainsi avais-je retrouvé le héros du Louvre à mon arrivée à San Francisco, ville beatnik, gay, chinoise, hippie, sportive et adepte du bio… Sportif, Ming l’avait peut-être trop été avec son expo au Louvre, consécration de taille qui avait laissé notre ténor sur le carreau, ou plutôt sur le béton du San Francisco Art Institute. Deux jours après le vernissage des « Funérailles de Mona Lisa », Ming s’envolait en effet pour la côte Ouest sans savoir qu’il ne se remettrait du décalage horaire que la veille de son retour. Je n’avais rejoint l’artiste chinois le plus apprécié des Français que plus tard, l’avant-veille du vernissage de « Yes ! », exposition sur l’Amérique d’Obama.

- « On va voir si Obama est aussi fort que Bouddha ! » avait lancé Ming lors de la présentation au public américain.

IMG_2031.JPGTout le monde avait rigolé. Grand séducteur, Ming avait immédiatement conquis son auditoire. Jusqu’à Yvie – notre chef op’ « descendante d’esclaves » disait-elle amusée à moitié – qui tenait absolument à voir le maître en action. Mais niet. L’artiste ne supportait décidément pas le décalage horaire ni l’interdiction de fumer (ses cigares) dans l’espace d’exposition.. Ici ou ailleurs, le contrecoup des folles journées du Louvre faisait son petit effet. Pour nous, trois jours denses à dérouler le fil de la pensée de Hou Hanru, commissaire de l’exposition et spécialiste d’art contemporain chinois, et observer Ming, quand il apparaissait.

Face au phénix à Songzhuang, “banlieue des arts” de Beijing…

22 décembre 2008

Ouvrier phenixQuand le phénix se trouve devant vos yeux, vous pouvez voir son corps gigantesque tandis que je préfère plutôt ses détails qui pénètrent dans le corps, ces outils et ces rebuts de chantier. Derrière lui : des travailleurs sur le chantier.
Sur quoi se focaliser ? C’est une question d’attitude, je ne peux choisir que ces ouvriers, ces ouvriers qui travaillent, j’aime les écouter parler de leur pays natal lointain, de leur travail manuel, j’aime les regarder gravir le phénix, je sais que cela constitue un contact avec cette oeuvre que les autres sont incapables de voir.

Est-ce cela que veut montrer Xu Bing ? Je pense que oui, peut-être.
Filmer inlassablement les détails, filmer inlassablement les ouvriers jusqu’à ce que le dernier rayon de lumière tombe du ciel, jusqu’à ce que le dernier plan soit pris d’un ouvrier quittant le phénix et se perdant dans la nuit.
La caméra tourne toujours, il ne reste que le phénix.

Phénix

Skype, premiers réglages

5 décembre 2008

Ah oui, vraiment nous ne pourrons renier la grande utilité de Skype, nouvel ami de nos ordinateurs et de ce tournage qui démarre. Après une première réunion de présentation officielle de Sheng Zhimin, co-réalisateur de ce film documentaire, à toute l’équipe d’Artline Films, se sont ensuite enchaînés les échanges plus techniques sur les séquences que tournerait l’équipe pékinoise en décembre. Skype donc. Le tournage de « Tigres & pandas » commence de façon bien virtuelle, à travers les câbles de nos casques et nos voix chevrotantes. Mais ça marche.

J’ai rencontré Sheng Zhimin en octobre 2008 lors d’un premier séjour de repérages pour ce film documentaire produit par Artline Films pour ARTE. L’idée de plonger dans les arcanes de la création contemporaine et de partir rencontrer artistes et autres protagonistes de l’art contemporain chinois ne m’est pas nouvelle. Je la partage aujourd’hui avec mon binôme chinois, architecte de formation, rompu aux soirées rock des musicos chinois, producteur exécutif de cinéastes indépendants, réalisateur. Il vient de finir une épopée documentaire sur le yaogun (rock) en Chine. Tout ça dans le désordre, comme moi, auteur de ce documentaire, ancienne liuxuesheng (étudiante étrangère) dans les années 90 à Beijing, devenue journaliste après un passage dans l’art contemporain hexagonal.
De l’eau a coulé sous les ponts. Et même pas mal de béton depuis ces années 90 qui ne connaissaient pas encore Starbucks et encore moins le star-system. De jolis grands écarts nous attendent, comme à chaque fois que je retourne en Chine. Cette Chine post-Deng, où il faut être riche, célèbre, et rapidement de préférence.